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vendredi 9 juin 2017

Imaginales 2017 : La France a-t-elle un problème avec l'Imaginaire ?

La France a-t-elle un problème
avec l'Imaginaire ?


Comme d'habitude, je mets les avertissements de rigueur : je retranscris ici les notes que j'ai prises pendant la conf ; il est donc tout à fait possible que j'aie fait des contresens et tout à fait certain qu'il manquera des bouts 😆 (sans parler du côté décousu et de ma difficulté à me relire 😣). Les éventuelles notes entre [ ] sont de moi, et les passages entre guillemets sont censés être des citations.



Intervenant : Stéphane Marsan
Modératrice : Silène Edgar*


L'article quasi-éponyme sur ActuaLitté est l'un des plus lus du site. 

L'Imaginaire s'affirme car il a besoin de s'affirmer. Dans les autres pays, on se plaint autant qu'ici, mais en France, on est plus à plaindre qu'ailleurs. Quelques exemples comme quoi la France a un problème avec l'Imaginaire : 
  • Docteur Who est en prime time en Grande-Bretagne depuis plus de quarante ans.
  • en Espagne, Le nom du vent a eu une première édition à 32k exemplaires et en a vendu 700k 😲 En France, à peine 5k...
  • en France, un best-seller SFFF, c'est 10k exemplaires vendus. En Allemagne, c'est un million.
  • en Italie, on vend 200k exemplaires de Jeaniene Frost [série Chasseuse de la nuit - que je n'ai pas lue].
  • en Allemagne, la SFFF est en tête de gondole. En France, les auteurs de SFFF [à part pe Stephen King etc, je suppose ? - à moins qu'il ne parle que des auteurs francophones ?] ne sont jamais #1 des ventes.
  • Sapkowski, auteur de The Witcher (la saga du Sorceleur) a été nominé au Goncourt polonais. En France, c'est inimaginable. Pourtant, à l'origine (si on regarde la description de l'objet du prix), le Goncourt est un prix SFFF, et le tout premier primé a été un livre de SF.

Bref, il n'y a pas assez de reconnaissance en France [je précise cependant que je ne suis pas allée vérifier les chiffres annoncés].

Au cinéma, dans les séries, la SFFF cartonne. Mais pas en France, où c'est très, très dur de trouver de la production [pour des séries SFFF françaises, donc].

Quid des succès qui se vendent sous une autre étiquette ?

On a dit aux auteurs de ne pas dire que c'est de la SFFF [quelqu'un m'a parlé de Bernard Werber, à ce sujet : il vend (très bien) ses romans SFFF sous une étiquette "blanche", sous la recommandation de son éditeur, mais aimerait être reconnu comme auteur de SFFF. Sauf que le monde SFFF le voit un peu comme un traître et ne veut pas en entendre parler 😈]. Un roman de SF qui devient un classique n'est plus un roman de SF, on le "blanchit"**, cf Le meilleur des mondes.
Le problème de l'éditeur est aussi qu'en disant que c'est de la SFFF, il en vendra moins...

En France, l'Imaginaire représente 7% de parts de marché, comme la Romance. Jeunesse et Polar, c'est 18% [chacun, j'imagine]. D'ailleurs, la Jeunesse "perd" son étiquette SFFF, bien que comme la SFFF, la Jeunesse ne soit pas considérée comme de la "vraie littérature" 😞 En France, Harry Potter est une série Jeunesse, pas Fantasy. C'est un blocage psychologique.

On prétend qu'il y a un problème de couvertures trop criardes...

On clamerait tellement la spécificité du genre qu'on réduirait le lectorat ? Le problème, c'est que si on fait une couverture de SF pour un livre de SF, ça attirera les lecteurs de SF. Mais si on fait une couverture moins SF, on ne sait pas ce qu'on attire, et on risque de ne pas attirer le public visé. C'est la question du "qu'est-ce que je gagne ? / qu'est-ce que je perds ?".

Bragelonne a fait des expériences en ce sens, mais les livres étaient quand même rangés en SFFF.

Les libraires devraient-ils bousculer un peu les lecteurs en ce sens, ou risquent-ils de les perdre ?

Le problème du balisage, c'est qu'on sait où trouver ce qu'on cherche. De plus, quand un livre sort, en France, l'éditeur choisit dans quelle case unique il sera. En Angleterre, le même livre peut avoir plusieurs cases, on découvre donc plus facilement quelque chose de nouveau. C'est impensable en France. "Les libraires envisageront un rayon bit-lit quand ce sera terminé". SM a dit ça il y a dix ans, il attend encore. Il faudrait pouvoir mettre les livres à plusieurs endroits, comme en Angleterre.

Bragelonne ne met jamais la mention "Fantasy" ou "SF" sur la couverture, ça se voit directement : dragons, vaisseaux spatiaux... Ils font des expériences avec des couvertures différentes, mais du coup, ça ne marche pas [cf plus haut, sans doute parce qu'ils restent rangés au rayon SFFF].

Le problème est-il qu'une élite définit ce qui est de la littérature ?

Oui. Mais.
Aux USA, les élites aussi méprisent la SFFF, sauf que ça ne l'empêche pas d'avoir du succès. Ils ont des préjugés comme "l'Imaginaire, ce n'est pas sérieux", "ce n'est "que" du divertissement", "c'est pour les enfants".

L'an dernier, une étude du CNL*** sur le lectorat en France a annoncé que l'Imaginaire était la littérature préférée des 15-25 ans. Mais on ne trouve plus de page SFFF dans Le Monde des Livres. 

Et beaucoup arrêtent de lire vers 15-16 ans. SM pense que c'est parce qu'on leur impose de lire "des trucs sérieux" et qu'ils n'ont plus le temps de lire pour le plaisir. On retrouve donc encore une dichotomie entre "le sérieux" et "l'Imaginaire". Seuls des auteurs morts comme Tolkien et Bradbury [qui ne sont pas francophones, en plus] sont (un peu) étudiés.

C'est le syndrome du "j'adorais la SF quand j'étais gamin". Les gens ignorent qu'il existe de la SFFF, des nouveaux auteurs, des romans pour adultes... Néanmoins, si 50% des lecteurs de Young Adult ont plus de trente ans (alors que le public visé est 15-20/15-25 ans), ils ne passent pas à la SFFF adulte après. Le YA siphonne des parts de marché de la SFFF car il est plus séduisant et plus accessible, et ce public pense que la "SF à papa", n'est pas pour eux.

La SF est-elle plus respectable que la Fantasy ?

Dans les années 60, des intellectuels ont milité comme quoi la SF était un vrai genre, car "c'est scientifique et sérieux". Sauf que Star Wars était plus divertissant que sérieux, donc ce mouvement s'est effondré devant une SF populaire et divertissante... et la Fantasy, "divertissante et pas sérieuse", a été boostée.
Par ailleurs, le succès d'un roman de Fantasy ne profite pas aux autres romans de Fantasy [mais est-ce le cas pour d'autres sous-genre ?].

Comment peut-on faire ?

Tous les éditeurs ne sont pas d'accord sur le pourquoi et le comment. Le problème, c'est que ça génère un communautarisme, et nuit donc à la démocratisation du genre. On accuse la Culture, l'Elite, la Presse, ce qui conduit à un repli sur soi et rend cette communauté peu accueillante.
Il ne faut pas segmenter les différentes cultures. La culture Rap, la culture Geek, tout fait partie de la Culture. Il faut défendre ce qu'on aime sans attaquer les autres.

SM cite La dépendance du chemin, une étude sociologique qui montre que même les gens qui ont eu une jeunesse SFFF reproduisent les préjugés des générations précédentes [j'imagine qu'il entend par là ceux qui ont lu de la SFFF dans leur enfance/adolescence mais qui ne font pas partie d'une famille de lecteurs de SFFF].
Ce sont les outsiders, comme Netflix (et Bragelonne 😋) qui permettent de changer la donne et les points de vue [il me semble que Netflix produit des séries SFFF francophones...]. On peut aussi vendre les choses sous une autre étiquette, comme Kaamelott, qui est dans la catégorie "comique" et pas "Fantasy".

Il y a cent cinquante ans, le Roman (par opposition à la Poésie), était aussi mal vu que la SFFF aujourd'hui...

La reconnaissance, c'est différent de la popularité, et la reconnaissance, SM s'en fout : c'est une forme d'élitisme, de "recherche du sérieux", et ça ne marche pas auprès du public.

La problématique est la différence entre la littérature de divertissement et la littérature "sérieuse" qui, elle, a un propos, un but [ce qui est d'autant plus faux, cf la conférence sur le post-apo : même les auteurs "divertissants" sont là pour faire réfléchir]. Et c'est ancré dans l'esprit des Français 😞

Le "Mois de l'Imaginaire", en octobre, est une initiative pour donner de la visibilité et tenter de résoudre un peu le problème auprès des médias et des libraires.
Il faut le faire avec tous les éditeurs, que tout et tous soient représentés.




* : les Grenouilles sont partout ! 😉

** : au sens : il passe en "littérature "blanche"".

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