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jeudi 8 juin 2017

Imaginales 2017 : "Femmes fatales"...

"Femmes fatales"...
ou femmes de pouvoir ?


Comme d'habitude, je mets les avertissements de rigueur : je retranscris ici les notes que j'ai prises pendant la conf ; il est donc tout à fait possible que j'aie fait des contresens et tout à fait certain qu'il manquera des bouts 😆 (sans parler du côté décousu et de ma difficulté à me relire 😣). Les éventuelles notes entre [ ] sont de moi, et les passages entre guillemets sont censés être des citations.



Intervenants : Laëtitia Graslin-Thome (historienne), Jean-Laurent Del Socorro (Boudicca), Sophie Laribi-Glaudel (professeure d'histoire), Charlotte Bousquet (Sang de lune).
Modératrice : Silène Edgar* (au centre).

CB : Elle a écrit une trilogie fondée sur des matriarcats et dirigés par des femmes de pouvoir [j'ai pas le titre sous la main, désolée 😳]. Le féminisme est toujours présent dans ses romans. Dans le monde de Sang de lune, les femmes sont très fortement opprimées (excision, place inférieure...). Pour son personnage, il s'agit moins d'acquérir un pouvoir que de trouver la liberté.

JLDS : Il a "découvert" Boudicca à travers ses recherches pour Royaume de vent et de colère, et a découvert que beaucoup de femmes historiques ont été oubliées par l'Histoire (on les retrouve heureusement aujourd'hui, cf Les Culottées). Pour lui, Boudicca est un hommage à ces femmes.

LGT : Il y a eu beaucoup de femmes de pouvoir dans l'antiquité, mais nombre d'entre elles ont dû cacher leur féminité, "devenir des hommes", comme Hatchepsout. Sinon, c'était vu comme transgressif. Selon les époques, ces femmes de pouvoir ont été perçues de façon différente.

SLG : Dans l'antiquité, Cléopâtre est vue comme une séductrice, qui se sert des hommes et les manipule. Aujourd'hui, elle est devenue un emblème de la lutte de pouvoir chez les femmes "racisées". Etait-elle noire ou blanche de peau ? En tout cas, sa version noire est un symbole de la lutte des femmes afro-américaines.

JLDS : Ce n'était pas tellement un problème pour Boudicca d'être une femme de pouvoir. La guerre contre les Romains était celle de deux sociétés. On la connaît par les textes romains, qui ont un point de vue très particulier sur les femmes - la société celte était beaucoup plus égalitaire. 

CB : L'héroïne de Sang de lune pousse ses consoeurs à la révolte, mais il s'agit d'une réflexion sur l'oppression et la violence, et pas sur la prise de pouvoir d'une femme.
Il faut aussi lutter contre ses propres idées reçues. Celle qui prend le pouvoir et veut libérer son peuple est un autre personnage, qui est partie en quête de l'origine de cette oppression.

LGT : L'historiographie ancienne aime représenter le Mal à travers les femmes. Ou, au contraire, les idéaliser. Cf Zénobie (équivalente à Boudicca en Syrie), vue comme chaste et parangon de vertu.

JLDS : Cf plus haut, il a découvert Boudicca un peu par hasard et ça lui a donné envie d'écrire sur ce personnage. Il évoque aussi Rejected Princesses, sur cent femmes oubliées de l'Histoire.

Comment ces femmes de pouvoir faisaient-elles pour gérer le côté maternel ou sentimental ?

SLG : Cléopâtre a régné en veillant sur ses enfants, a préparé la division de son royaume entre eux et a pensé à sa succession. Elle n'a jamais été présentée comme une mauvaise mère, malgré sa mauvaise image de séductrice.

CB : Dans Sang de lune, la maternité est une contrainte, une prison, des chaînes [me semble qu'elle a mentionné un des persos qui tue sa fille à la naissance, pour lui épargner une vie comme la sienne]. Le thème "je ne suis pas qu'un ventre" revient beaucoup dans ses romans. Pour ce qui est des histoires d'amour, il s'agit plutôt d'une question de confiance et d'acceptation de l'autre.

JLDS : C'est compliqué, pour un homme, de décrire une femme dans son intimité. Il ne veut pas la réduire à un archétype sanguinaire. Et en tant que mère, elle se découvre une tendresse qu'elle ne se connaissait pas. Elle avait aussi une amante, car on pouvait aussi avoir une famille privée, différente de celle qu'on fonde par le mariage arrangé.

Comment ces femmes prennent-elles le pouvoir, et peuvent-elles le transmettre à leurs filles ?

LGT : Ca dépend des sociétés. Chez les Celtes, il n'y a pas de problème ; chez les Grecs, c'est... un ressort comique 😞 Les historiens ont du mal à croire que César est resté aussi longtemps en Egypte par amour pour Cléopâtre, ils préfèrent penser que c'est pour des raisons politiques.

SLG : Hypathie, une femme savante du IVe siècle, a elle aussi été idéalisée et posée comme symbole de l'oppression de la religion sur les sciences. C'était une femme très libre et indépendante, érigée aujourd'hui en symbole féministe... mais elle a une image de chaste vierge, pour avoir refusé de se marier (ce qui était très subversif à l'époque). Son pouvoir est celui de la connaissance.
Il y a aussi Livie, femme d'Auguste, incarnation de la mère vertueuse, qui a été femme, mère et grand-mère d'empereurs.

CB : Quand on veut priver de pouvoir une minorité, on la prive de connaissances, car penser, réfléchir, c'est avoir du pouvoir. Dans Sang de lune, les femmes n'ont pas le droit à la connaissance, ni à l'art (qui est subversif). Réfléchir donne le pouvoir de dire Non et de demander Pourquoi. Savoir (et créer) est la première forme de pouvoir.

Comment les femmes du peuple peuvent-elles accéder au pouvoir ? Est-ce réservé aux élites ?

LGT : On a beaucoup de mal à trouver l'exemple, dans l'Histoire, de femmes du peuple qui sont devenues des femmes de pouvoir. 

SLG : Olympe de Gouges a essayé de donner le pouvoir aux femmes. Elle dérangeait trop et a fini guillotinée (elle était bourgeoise, cependant, pas du peuple).

JLDS : On trouve beaucoup d'exemples de mouvements féministes (comme les suffragettes) dans le passé récent. 

CB : En fait, il y a eu un élan jusqu'au moment de la guerre de 14, mais l'effort de guerre a arrêté tout ça. Après 1917, on a de nouveau l'opposition entre la femme chaste (l'infirmière) et l'ouvrière débauchée (cf Là où tombent les anges). 

SLG : La question de l'intégration des ouvrières aux mouvements des "élites féminines" s'est posée plusieurs fois dans les divers mouvements.




* : les Grenouilles sont partout ! 😉

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