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mercredi 16 août 2017

Cinquante nuances de Jardinage

Non, je ne vais pas parler d'érotisme, ni de botanique appliquée ; il s'agit simplement des deux grandes manières d'écrire un roman :


Je crois qu'il y a deux types d'écrivains, les architectes et les jardiniers. Les premiers planifient tout à l'avance, comme un architecte qui construit une maison. Ils savent combien de pièces il y aura, comment sera le toit, où passeront les câbles, quelle sorte de plomberie il y aura. Ils ont le concept et les plans de tout le truc avant même de clouer la première planche. Les jardiniers, eux, creusent un trou, y plantent une graine et arrosent. Ils savent en gros de quel type de graine il s'agit : une graine de thriller, ou de roman de fantasy, ou autre. Mais quand la plante fait surface et qu'ils l'arrosent, ils ne savent pas combien de branches elle aura, ils le sauront au fur et à mesure qu'elle pousse. Et je suis bien plus jardinier qu'architecte.*


La division Jardinier/Architecte est celle qui m'est la plus familière en termes de vocabulaire, mais on trouve aussi Pantser/Planner** (terminologie employée notamment par le NaNoWriMo) ou plus simplement Scriptural/Structurel.***

En gros, le premier écrit son histoire au fur et à mesure et se laisse guider par son inspiration et ses personnages, tandis que le second commence par bâtir son intrigue, placer ses rebondissements, allant parfois même jusqu'à un découpage précis scène par scène (j'en connais au moins un 😉) avant de taper la moindre ligne.

Personnellement, je suis plutôt Jardinière. J'ai une idée plus ou moins précise de là où je vais, ou d'un but à atteindre, mais je me dis fréquemment "tiens, et là, s'il se passait ça ?" et je pars dans la direction en question. Gabriel Katz, lui****, ne planifie que les grandes étapes de son intrigue et laisse son inspiration combler les blancs - il compare ça à un squelette de poisson auquel il rajouterait la chair : la tête et la queue sont le début et la fin, les arêtes représentant les rebondissements notables.

Image trouvée sur Pixabay

Cette façon de voir me fait penser à certains auteurs qui se définissent comme "Paysagistes", autrement dit, qui "planifient leur jardin" 😉

Ma collègue grenouille LaCath a fait la remarque intéressante que la grosse différence entre les deux méthodes de base était que les Architectes planifiaient en amont tandis que les Jardiniers le faisaient en aval. D'une certaine façon, ces derniers construisent l'univers de leur roman au fur et à mesure qu'ils le découvrent. Ce qui n'empêche pas un travail parallèle***** sur le monde en question. Et ça ne veut pas dire non plus que le premier jet d'un Architecte sera plus "propre" que celui d'un Jardinier, même si j'imagine que les défauts de structure seront plus vite apparents chez le premier que chez le second. Dans tous les cas, les corrections rectifieront le tir 😈

Par ailleurs, j'ai entendu plusieurs Jardiniers craindre de se sentir bridés par trop de planification au sens où ils perdraient l'envie de rédiger l'histoire, puisqu'ils la connaîtraient déjà. Je n'ai pas eu l'occasion de tester, mais j'avoue avoir eu parfois l'envie de réécrire telle ou telle nouvelle que j'ai lue, dont j'appréciais le fond mais pas la forme, donc...

J'admets que j'envie les Architectes, qui semblent toujours savoir où ils vont ; personnellement, je suis incapable de "voir" à l'avance toute une histoire. J'ai la tête et parfois (mais pas toujours) la queue du poisson, et j'avance d’arête en arête, découvrant le plus souvent la suivante quand j'en ai atteint une. J'ai voulu essayer une fois la "méthode du flocon" mais en vain : c'est un truc d'Architecte (encore que ce ne soit pas une étape obligatoire, je pense), et ça demande de se triturer les méninges pour prévoir à l'avance tout les rebondissements avant de coucher le moindre mot sur le clavier... 😨

Par contre, en tant que Jardinière, j'apprécie de pouvoir laisser de la place à l'inspiration, de pouvoir me dire "je viens d'avoir cette idée horrible, et si je l'intégrais à mon histoire ?" 😈

Et vous, où vous situez-vous ?



* : traduction de moi-même - citation trouvée sur Goodreads.

** : "enfilant son pantalon"/"planificateur".

*** : Stephen King, lui, se définit comme "archéologue", qui "déterre" son histoire et découvre au fur et à mesure à quoi elle ressemble - ce qui est une autre définition du Jardinage 😉

**** : qui nous a parlé de son parcours à l'occasion d'une rencontre organisée par Cocyclics (et dont il faudrait que je fasse un CR un jour 😳).

***** : voir aussi sur le blog ma tentative de world quizz pour le JdA et la conférence "création d'univers", ainsi que ce world quizz (fantasy) d'Alex Evans.

mercredi 2 août 2017

Petit bilan de milieu d'année

J'avais tendance à garder ça pour l'anniversaire du blog/la fin de l'année, mais avec le Camp NaNo qui vient de se terminer, je me suis dit qu'un bilan intermédiaire ne serait pas superflu.



Le NaNo, donc. J'ai atteint mon objectif de 7000 mots, c'est bien, sauf que pour diverses raisons (notamment la chaleur, grande cause de fatigue pour moi), ma progression a été très irrégulière, ce qui n'était pas le but de l'exercice 😞

Le BuJo, ensuite. Il m'est utile, c'est indéniable, mais je n'ai pas toujours le réflexe de noter dessus les mises à jour de mes listes ou les dates importantes (que je note aussi ailleurs, cependant), ni celui de le consulter autrement que pour y vérifier quelque chose de spécifique (et c'est comme ça qu'on oublie des anniversaires 😳). Par ailleurs, la couverture s'abîme un peu et je dois régulièrement remettre un peu de colle ou redonner un coup de feutre noir 😆 (mais bon, c'est ça d'avoir utilisé un carnet de récup avec une couverture plastifiée).

Pour ce qui est de l'écriture en elle-même :

Je n'ai toujours pas fini le passage d'Antidote sur CQVDSV 😳 J'en suis à plus de deux tiers, mais avec les vacances, j'ai plus envie de faire autre chose (genre : jouer à Fallout New Vegas). C'est mal, je sais... 😳

J'ai peu avancé sur les 3B, et je n'ai toujours pas trouvé le courage de terminer le JdA 😳 Et à côté de ça, j'ai une poignée de nouvelles à terminer/corriger, donc certaines qui attendent depuis plus d'un ans...

Bref, ce bilan n'est guère réjouissant, bien qu'il n'ait rien de dramatique non plus : il suffit juste que je me botte un peu le Q pour améliorer ça d'ici la fin de l'année !

Je préviens au passage que puisque je suis en vacances ce mois-ci, le rythme de parution va sans doute ralentir un peu. J'ai quand même l'idée d'un article de fond (on verra si ça tient la route) et il y aura (quoique plutôt en début de mois prochain), mes compte-rendus de la prochaine Gamescom 😊

En attendant, bonnes vacances à tous !

lundi 24 juillet 2017

Trois bâtards : Avancement (6)

Bon, je vais faire court, because j'ai pas trop le moral : j'ai avancé sur mon objectif NaNo, je me suis de nouveau débloquée sur les 3B, et j'ai bon espoir d'atteindre mon objectif avant la deadline, même si j'ai franchement pas été régulière dans mon rythme 😒

La cause de ma contrariété ? J'ai enfin reçu la réponse d'un éditeur pour qui j'avais bon espoir, pour CQVDSV, et c'est un refus 😞 Non détaillé, en plus (même s'ils ont une bonne excuse). Alors non, ça ne m'empêche pas de continuer (lentement mais sûrement) mes corrections (j'en suis aux deux tiers, pas loin des trois quarts), mais ça ne me rassure pas quant à mes chances de trouver un éditeur 😟

Enfin voilà. Heureusement que je suis bientôt en vacances...

samedi 15 juillet 2017

En mode shotgun

Aucun rapport avec le tireur assis à côté du conducteur de la diligence : il s'agit plutôt d'une des caractéristiques de cette arme, sa capacité de dispersion (que je connais par les mécanismes de tir de certains jeux de rôles*).

Image de Ashutosh Bansal


Tout ça pour dire que je papillonne 😳

Je ne suis pas sûre que ce soit une mauvaise chose dans le cadre du NaNo, où la quantité passe avant la qualité. Bien que je n'avance pas sur le projet initial (Trois Bâtards) ou le secondaire (le Journal d'Anya), je progresse tout de même : j'en suis à un peu plus de 2500 mots, soit plus d'un tiers de mon ridicule objectif de 7000 mots mensuels.

Ce qui me préoccupe, c'est qu'en fonctionnant de cette manière, je m'éloigne de la complétion de quoi que ce soit et j'ai peur de me tirer une balle dans le pied, pour garder la métaphore : si je passe d'un projet à l'autre à la moindre difficulté, ce n'est pas comme ça que je progresserai en tant qu'autrice.

D'un autre côté, j'ai des idées qui me viennent pour des histoires nouvelles ou déjà entamées, et que j'ai peur de "perdre" si je ne les écris pas tout de suite. Ou simplement qu'il me démange d'écrire. Je suppose que le problème serait moins préoccupant si j'écrivais davantage :à défaut de me concentrer davantage, je compenserais en avançant de façon significative sur plusieurs fronts.

Enfin bon, on en reparlera dans quinze jours, après le NaNo...



* : comme l'excellent Deadlands.

vendredi 7 juillet 2017

CQVDSV : Avancement (22)

Je suis en vacances cette semaine, donc je vais faire bref :
  • J'ai commencé mon NaNo sur les chapeaux de roues, avec 1500 mots d'écrits sur... un nouveau projet qui m'est tombé dessus sans prévenir 😲 C'est (encore) une histoire de vampires, et j'en dirai plus quand ce sera un peu plus avancé.
  • J'ai avancé dans l'antidotage de CQVDSV, j'en ai fait un bon tiers, je pense finir assez vite 🙂
  • Je suis encore en train de chercher de la documentation pour mieux définir le monde d'Anya, donc si vous vous y connaissez en éruptions volcaniques, bouleversements sismiques et explosions nucléaires, faites-moi signe 😁
Voilà voilà, à la semaine prochaine !

lundi 26 juin 2017

CQVDSV : Avancement (21)

L'absence de nouvelles de la semaine passée était involontaire et je m'en excuse. La canicule et le manque de sommeil n'y sont pas étrangers non plus...

Tout ça pour dire que j'ai enfin fini d'intégrer les dernières corrections de Ceux qui vivent du sang versé ; il ne me reste plus qu'un nouveau passage d'Antidote* et je pourrai commencer la nouvelle série d'envois aux éditeurs... 

A part ça, il y a un nouveau Camp Nano en juillet et je m'y suis inscrite. En touriste, comme d'hab, mais avec cette fois l'objectif raisonnable de 7.000 signes (cf mes statistiques d'avril). Officiellement, ce sera sur les Trois Bâtards, mais il est possible que le Journal d'Anya refasse surface...




* : malgré son prix (une centaine d'€uros), je recommande** ce logiciel à tout écrivain un peu sérieux***. Je m'en sers essentiellement pour les répétitions et les synonymes, mais il est bien plus puissant que ça !

** : et non, je ne suis pas payée pour leur faire de la pub.

*** : sérieux dans l'écriture, j'entends 😉

mercredi 14 juin 2017

Imaginales 2017 : Masterclass

Masterclass de formation à l'écriture


J'en avais entendu parler il y a un an ou deux : "la masterclass", donnée chaque année par Lionel Davoust et Jean-Claude Dunyach*, à destination des apprentis-écrivains. Cette année, donc, j'ai pris mon courage à deux mains et je me suis inscrite.**

C'était très sympa, donc je ne regrette pas (et il y a eu beaucoup de pub de faite pour Cocyclics 😉), mais je dois reconnaître que je n'y ai pas appris tant que ça : en tant que Grenouille, une bonne partie de ce que j'y ai entendu m'était déjà connu.

Cet année, le thème était "Corriger son manuscrit et envisager l'édition". Les "supports de cours" que nous avons consultés sont disponibles en téléchargement sur le site de Lionel Davoust*** ; comme il le dit lui-même, ce n'est pas juste le support qui est important, c'est tout ce qui se dit autour. Par contre, je regrette de ne pas avoir pris de notes : ok, ça m'a permis d'être plus attentive, mais j'aurais aimé rajouter mes commentaires "sur les diapos" au fur et à mesure.

Il y a eu aussi des exercices de rédaction - je vous épargnerai ma prose 😈
Le premier partait de la description qui nous était donnée d'un habitat extra-terrestre [malheureusement pas présent dans la version des .ppt dispo sur le site de LD], et nous devions en décrire l'intérieur ; le second nous demandait de nous décrire... en n'utilisant que des dialogues ; le troisième, enfin, nous demandait de mettre en scène l'extra-terrestre de la première description face à une recette de cuisine appétissante - et en utilisant le moins possible le sens de la vue.

Parmi les remarques que j'ai retenues, c'est que les auteurs (et JCD en particulier ^^) sont plus sévères et pointilleux avec les gens qu'ils ont envie de voir percer : s'ils prennent du temps pour s'occuper de vous, c'est qu'ils pensent que ça vaut le coup****. Et, dans une moindre mesure, si vos bêta-lecteurs s'accrochent pour vous pousser à améliorer votre manuscrit en vue d'une publication, ben c'est pas parce qu'ils aiment perdre leur temps, c'est surtout parce qu'ils pensent que vous et votre manuscrit le méritez 😎

Pour le déjeuner, nous sommes tous allés dans un restau chinois non loin, ce qui nous a permis de poursuivre les discussions et poser d'autres questions à nos intervenants - très accessibles, donc.*****

Dans la seconde partie, plus consacrée à l'édition, j'ai retenu surtout qu'il était illégal de ne pas séparer un contrat d'édition papier et un contrat d'édition numérique (même s'il sont chez le même éditeur) - ce qui ne me paraît pas illogique, vu qu'un auteur gagne plus sur le numérique que sur le papier, étant donné qu'il n'y a pas d'intervention d'imprimeur dans ce cas.

J'ai aussi noté quelques titres à consulter, que ce soit des exemples de romans avec une structure particulière ou des livres sur l'écriture. Je ne vais pas les donner ici car je ne les ai pas encore lus 😉

A la place, je vais citer ceux que j'ai lus et trouvés intéressants (et qu'il faudrait sans doute que je relise, pour certains 😋)
  • La Dramaturgie, d'Yves Lavandier, qui traite des mécanismes du récit. Intéressant, et pas difficile à lire (contrairement à L'anatomie du scénario, de John Truby, qui est souvent recommandé mais que j'ai trouvé dirigiste et indigeste).
  • Comment écrire de la fantasy et de la science-fiction et Personnages et points de vue, d'Orson Scott Card. Les titres sont explicites 😋 et c'est très clair. Par contre, ils sont difficiles à trouver, même d'occasion, et souvent hors de prix en conséquence****** 😒
  • Ecriture, de Stephen King, une réflexion sur le métier d'auteur, qui se lit aussi bien que ses romans 😀
  • Un article de la revue Solaris : Comment ne pas écrire des histoires, d'Yves Meynard : tout l'essentiel en un abécédaire bien choisi !




* : les Grenouilles sont partout 😉 

** : pour information : c'est sur inscription, via le site des Imaginales, et ça coûte 60€.

*** : il s'agissait, plus précisément de "Comment bétonner son histoire" et d'une version màj des trois .ppt de JCD.

**** : je ne pense pas que l'inverse soit vrai : on peut être débordé et ne pas avoir de temps pour quelqu'un même quand on pense qu'il a du talent 😉

***** : je le précise, mais je le savais déjà 😉

****** : et je tiens trop aux miens pour les prêter 😈

mardi 13 juin 2017

Imaginales 2017 : Belfort (2/2)

Ayant longtemps habité près de Denfert-Rochereau, à Paris, j'étais très curieuse de voir "en vrai" le fameux Lion de Belfort dont je connaissais la réplique...
Evidemment, ça va m'aider à me faire une ambiance visuelle pour mes Trois Bâtards 😉


Il est beaucoup plus impressionnant en vrai !


La Citadelle, vue d'en bas.


Quelques exemples des beaux panoramas qu'on a depuis le sommet.


Passages et tunnels pour arriver en haut...

Et même près du sommet, c'est envahi par l'herbe, pour une ambiance très champêtre 😁


Les fortifications, vues de l'extérieur.


Portes, portails et poternes d'accès.


lundi 12 juin 2017

Imaginales 2017 : Belfort (1/2)

Et donc, j'ai visité Belfort... 
Comme j'en ai ramené une cinquantaine de photos, je mets à part celles de la Citadelle* (et du Lion).
Enjoy !


Canaux.


Le motif du lion est très présent partout.**


J'ai beaucoup aimé le côté "figure de proue martiale" du monument.


Les rues de la vieille ville, avec parfois l'option "toit décoré", comme à Dijon.


Du haut de la Citadelle, on voit bien les toits de la vieille ville, ça m'inspire un peu pour le décor des Trois Bâtards 😉

J'ai beaucoup aimé cette maison à la tour...

La cathédrale de Belfort, en grès rose typique.


L'escalier du Diable donc. Pas très impressionnant 😒


Façade de la fac de Droit, avec de superbes grilles florales 😍


Et encore un lion !


Splendides balcons en fer forgé.


Fontaine, avec une sirène médiévale à deux queues.


J'ajoute également quelques photos d'Héricourt, un village voisin : 


Mur en ruine du château d'Héricourt


Le musée d'Héricourt et ses jolies façades.




* : que les indigènes appellent "le Château", bien que ça n'en soit pas un 😁

** : peut-être un rapport avec la Maison du Lion ? 😝

vendredi 9 juin 2017

Imaginales 2017 : La France a-t-elle un problème avec l'Imaginaire ?

La France a-t-elle un problème
avec l'Imaginaire ?


Comme d'habitude, je mets les avertissements de rigueur : je retranscris ici les notes que j'ai prises pendant la conf ; il est donc tout à fait possible que j'aie fait des contresens et tout à fait certain qu'il manquera des bouts 😆 (sans parler du côté décousu et de ma difficulté à me relire 😣). Les éventuelles notes entre [ ] sont de moi, et les passages entre guillemets sont censés être des citations.



Intervenant : Stéphane Marsan
Modératrice : Silène Edgar*


L'article quasi-éponyme sur ActuaLitté est l'un des plus lus du site. 

L'Imaginaire s'affirme car il a besoin de s'affirmer. Dans les autres pays, on se plaint autant qu'ici, mais en France, on est plus à plaindre qu'ailleurs. Quelques exemples comme quoi la France a un problème avec l'Imaginaire : 
  • Docteur Who est en prime time en Grande-Bretagne depuis plus de quarante ans.
  • en Espagne, Le nom du vent a eu une première édition à 32k exemplaires et en a vendu 700k 😲 En France, à peine 5k...
  • en France, un best-seller SFFF, c'est 10k exemplaires vendus. En Allemagne, c'est un million.
  • en Italie, on vend 200k exemplaires de Jeaniene Frost [série Chasseuse de la nuit - que je n'ai pas lue].
  • en Allemagne, la SFFF est en tête de gondole. En France, les auteurs de SFFF [à part pe Stephen King etc, je suppose ? - à moins qu'il ne parle que des auteurs francophones ?] ne sont jamais #1 des ventes.
  • Sapkowski, auteur de The Witcher (la saga du Sorceleur) a été nominé au Goncourt polonais. En France, c'est inimaginable. Pourtant, à l'origine (si on regarde la description de l'objet du prix), le Goncourt est un prix SFFF, et le tout premier primé a été un livre de SF.

Bref, il n'y a pas assez de reconnaissance en France [je précise cependant que je ne suis pas allée vérifier les chiffres annoncés].

Au cinéma, dans les séries, la SFFF cartonne. Mais pas en France, où c'est très, très dur de trouver de la production [pour des séries SFFF françaises, donc].

Quid des succès qui se vendent sous une autre étiquette ?

On a dit aux auteurs de ne pas dire que c'est de la SFFF [quelqu'un m'a parlé de Bernard Werber, à ce sujet : il vend (très bien) ses romans SFFF sous une étiquette "blanche", sous la recommandation de son éditeur, mais aimerait être reconnu comme auteur de SFFF. Sauf que le monde SFFF le voit un peu comme un traître et ne veut pas en entendre parler 😈]. Un roman de SF qui devient un classique n'est plus un roman de SF, on le "blanchit"**, cf Le meilleur des mondes.
Le problème de l'éditeur est aussi qu'en disant que c'est de la SFFF, il en vendra moins...

En France, l'Imaginaire représente 7% de parts de marché, comme la Romance. Jeunesse et Polar, c'est 18% [chacun, j'imagine]. D'ailleurs, la Jeunesse "perd" son étiquette SFFF, bien que comme la SFFF, la Jeunesse ne soit pas considérée comme de la "vraie littérature" 😞 En France, Harry Potter est une série Jeunesse, pas Fantasy. C'est un blocage psychologique.

On prétend qu'il y a un problème de couvertures trop criardes...

On clamerait tellement la spécificité du genre qu'on réduirait le lectorat ? Le problème, c'est que si on fait une couverture de SF pour un livre de SF, ça attirera les lecteurs de SF. Mais si on fait une couverture moins SF, on ne sait pas ce qu'on attire, et on risque de ne pas attirer le public visé. C'est la question du "qu'est-ce que je gagne ? / qu'est-ce que je perds ?".

Bragelonne a fait des expériences en ce sens, mais les livres étaient quand même rangés en SFFF.

Les libraires devraient-ils bousculer un peu les lecteurs en ce sens, ou risquent-ils de les perdre ?

Le problème du balisage, c'est qu'on sait où trouver ce qu'on cherche. De plus, quand un livre sort, en France, l'éditeur choisit dans quelle case unique il sera. En Angleterre, le même livre peut avoir plusieurs cases, on découvre donc plus facilement quelque chose de nouveau. C'est impensable en France. "Les libraires envisageront un rayon bit-lit quand ce sera terminé". SM a dit ça il y a dix ans, il attend encore. Il faudrait pouvoir mettre les livres à plusieurs endroits, comme en Angleterre.

Bragelonne ne met jamais la mention "Fantasy" ou "SF" sur la couverture, ça se voit directement : dragons, vaisseaux spatiaux... Ils font des expériences avec des couvertures différentes, mais du coup, ça ne marche pas [cf plus haut, sans doute parce qu'ils restent rangés au rayon SFFF].

Le problème est-il qu'une élite définit ce qui est de la littérature ?

Oui. Mais.
Aux USA, les élites aussi méprisent la SFFF, sauf que ça ne l'empêche pas d'avoir du succès. Ils ont des préjugés comme "l'Imaginaire, ce n'est pas sérieux", "ce n'est "que" du divertissement", "c'est pour les enfants".

L'an dernier, une étude du CNL*** sur le lectorat en France a annoncé que l'Imaginaire était la littérature préférée des 15-25 ans. Mais on ne trouve plus de page SFFF dans Le Monde des Livres. 

Et beaucoup arrêtent de lire vers 15-16 ans. SM pense que c'est parce qu'on leur impose de lire "des trucs sérieux" et qu'ils n'ont plus le temps de lire pour le plaisir. On retrouve donc encore une dichotomie entre "le sérieux" et "l'Imaginaire". Seuls des auteurs morts comme Tolkien et Bradbury [qui ne sont pas francophones, en plus] sont (un peu) étudiés.

C'est le syndrome du "j'adorais la SF quand j'étais gamin". Les gens ignorent qu'il existe de la SFFF, des nouveaux auteurs, des romans pour adultes... Néanmoins, si 50% des lecteurs de Young Adult ont plus de trente ans (alors que le public visé est 15-20/15-25 ans), ils ne passent pas à la SFFF adulte après. Le YA siphonne des parts de marché de la SFFF car il est plus séduisant et plus accessible, et ce public pense que la "SF à papa", n'est pas pour eux.

La SF est-elle plus respectable que la Fantasy ?

Dans les années 60, des intellectuels ont milité comme quoi la SF était un vrai genre, car "c'est scientifique et sérieux". Sauf que Star Wars était plus divertissant que sérieux, donc ce mouvement s'est effondré devant une SF populaire et divertissante... et la Fantasy, "divertissante et pas sérieuse", a été boostée.
Par ailleurs, le succès d'un roman de Fantasy ne profite pas aux autres romans de Fantasy [mais est-ce le cas pour d'autres sous-genre ?].

Comment peut-on faire ?

Tous les éditeurs ne sont pas d'accord sur le pourquoi et le comment. Le problème, c'est que ça génère un communautarisme, et nuit donc à la démocratisation du genre. On accuse la Culture, l'Elite, la Presse, ce qui conduit à un repli sur soi et rend cette communauté peu accueillante.
Il ne faut pas segmenter les différentes cultures. La culture Rap, la culture Geek, tout fait partie de la Culture. Il faut défendre ce qu'on aime sans attaquer les autres.

SM cite La dépendance du chemin, une étude sociologique qui montre que même les gens qui ont eu une jeunesse SFFF reproduisent les préjugés des générations précédentes [j'imagine qu'il entend par là ceux qui ont lu de la SFFF dans leur enfance/adolescence mais qui ne font pas partie d'une famille de lecteurs de SFFF].
Ce sont les outsiders, comme Netflix (et Bragelonne 😋) qui permettent de changer la donne et les points de vue [il me semble que Netflix produit des séries SFFF francophones...]. On peut aussi vendre les choses sous une autre étiquette, comme Kaamelott, qui est dans la catégorie "comique" et pas "Fantasy".

Il y a cent cinquante ans, le Roman (par opposition à la Poésie), était aussi mal vu que la SFFF aujourd'hui...

La reconnaissance, c'est différent de la popularité, et la reconnaissance, SM s'en fout : c'est une forme d'élitisme, de "recherche du sérieux", et ça ne marche pas auprès du public.

La problématique est la différence entre la littérature de divertissement et la littérature "sérieuse" qui, elle, a un propos, un but [ce qui est d'autant plus faux, cf la conférence sur le post-apo : même les auteurs "divertissants" sont là pour faire réfléchir]. Et c'est ancré dans l'esprit des Français 😞

Le "Mois de l'Imaginaire", en octobre, est une initiative pour donner de la visibilité et tenter de résoudre un peu le problème auprès des médias et des libraires.
Il faut le faire avec tous les éditeurs, que tout et tous soient représentés.




* : les Grenouilles sont partout ! 😉

** : au sens : il passe en "littérature "blanche"".