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jeudi 23 juin 2016

Vacances ! (2)

Et donc, cette semaine (et la suivante)...

Au programme : dormir, écrire si la muse me taquine, jouer à Fallout 4 et à Guild Wars 2, bouquiner.

Le NaNo de juillet commence dans une dizaine (je me suis inscrite en touriste, comme d'hab), j'espère être alors en forme pour bien avancer dans le Journal d'Anya.

Et sur ce, je vous laisse, j'ai des radscorpions à tuer ^^


jeudi 16 juin 2016

Des héroïnes en SFFF

A prendre au sens "au sujet de..."*

Je n'ai pas encore pris le temps d'écouter le podcast de la conférence "Quand les romans font des femmes leurs persos principaux" des Imaginales, mais j'avais envie d'évoquer le sujet (notamment parce que c'était le thème de discussion du mois dans les Challenges de Cocyclics). Avant que j'oublie, je signale ici un article intéressant sur le sujet par ma collègue Grenouille Edel-Weiss.




Ca ne se voit peut-être pas tant que ça**, mais je suis une femme. Donc je suis féministe. Le contraire n'est pas envisageable. 

Je sais que l'étiquette a mauvaise presse, sans doute à cause d'extrémistes bruyantes, comme c'est le cas au sein de n'importe quelle communauté. Même si l'idée de renvoyer nos bonshommes à la cuisine est marrante cinq minutes***, on ne peut vraisemblablement pas avancer dans la lutte contre le patriarcat en inversant les rôles. Ce qu'on appelle féminisme, ce n'est rien d'autre que la recherche d'une vraie égalité entre hommes et femmes (et autres genres, pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette binarité). Au passage, si le sujet vous intéresse, je vous conseille de jeter un oeil par là.

Pour en revenir au sujet, comme l'évoquait la dernière des conférences auxquelles j'ai assisté aux Imaginales, certains domaines de la SFFF - la Fantasy en particulier - se laissent aller à un certain sexisme. La justification étant généralement "fantasy = médiéval = la femme est inférieure (parce que c'était le cas irl)". Je reconnais (sans doute parce que je suis un produit de mon éducation et de mes lectures) qu'un tel cadre donne un côté "réaliste" à une histoire, surtout si on veut insister sur le fait que l'univers en question est brutal et barbare.

Ca ne veut pas dire qu'on ne peut pas y créer des héroïnes fortes. 

Par "héroïnes fortes", je ne veux pas dire forcément des grosses bourrines, même si ça peut être fun aussi ; la preuve avec Araann et Makri, qui représentent bien ce que j'aime jouer en jeu de rôle : des combattantes physiquement fortes, avec un caractère bien trempé****. D'ailleurs, les demoiselles en question existent au sein d'univers où l'égalité des sexes est majoritairement reconnue (ou du moins, où une femme guerrière ne choque personne).

En fait, je pense que "forte" signifie simplement "qui ne se laisse pas marcher sur les pieds", et en particulier "qui ne se laisse pas ranger dans les cases que la société a créées pour elle" (et "badass", "qui est sûr de soi (et le laisse savoir)"). Ca peut donc donner des grandes gueules comme Araann ou Makri, mais aussi des filles plus subtiles comme Anya ou Carmilla. Mais là, comme ça, je réalise que je n'ai quasiment pas de personnage féminin "faible".

La plupart des femmes du Darksideverse ne s'en laissent pas conter (faut au moins ça pour ne pas se laisser "écraser" par Josh ^^) et même celles qui ont choisi une "carrière féminine"*****, comme Angèle, l'épouse de Franklin (mère au foyer), l'ont fait par choix et pas pour se conformer à un moule. En contre-exemple, je peux citer Aurore, fille de la précédente et traumatisée à vie par les actions de son jumeau, et la mère de Slayer, qui vit dans la terreur de son mari. Mais c'est tout. Quant à la civilisation post-apo du Journal d'Anya, comme je l'ai dit ailleurs, elle n'est pas retournée à l'âge de pierre quand l'Exode a eu lieu ; non seulement hommes et femmes sont restés égaux (puisque c'était enfin le cas à l'époque), mais le viol est un crime aussi mal vu que le meurtre (et bien plus rare de la part d'autre chose qu'un zombie, personne ne voulant être rabattu à ce niveau). Du coup, je me suis amusée à attribuer des "rôles masculins"***** aux femmes, et réciproquement (pas à tous les coups, bien sûr, mais assez pour faire sentir cette égalité******).

Dans Ceux qui vivent du sang versé, le problème est différent : j'ai voulu un univers qui soit proche du nôtre, donc j'ai laissé quelques clichés du genre : le monde de l'espionnage et de l'assassinat est celui des hommes, même si quelques femmes (comme Athéna et Artémis) y ont fait leur place (mais elles sont certainement moins payées que leurs homologues masculins ^^). On m'a d'ailleurs reproché une fois un certain machisme de la part de Paul, au début de l'histoire. Ce n'est pas étonnant, il ne fréquente que deux types de femmes : les collègues (dont il se méfie autant que si elles étaient mâles) et les "décoratives" (qui ne sont là que pour faire joli au bras de ses cibles). En fait, il n'évalue pas les gens en fonction de leur sexe, mais en fonction de leur fonction. Quelque part, sa relation avec Carmilla aurait été inchangée si celle-ci avait été un homme.

Une question que je me pose, c'est "qu'est-ce qui motiverait une autrice à diminuer la place des femmes dans ses textes ?". Par "diminuer" j'entends aussi bien "avoir peu de personnages femelles" que "ne laisser que des rôles subalternes aux femmes" (au sein de l'histoire plus qu'au sein de la société). Je peux admettre l'excuse "j'ai eu envie de créer un univers plein de testostérone, où les femmes n'ont pas leur place" si les problématiques soulevées (au hasard, l'homosexualité, mais ce n'est pas la seule) mettent en cause la virilité telle qu'on la conçoit aujourd'hui. Par contre, si on me répond juste "je visualisais mes personnages comme des hommes", je suis plus partagée. Ca m'arrive de "voir" tel ou tel personnage, au moment de sa création, comme un homme ou une femme (après tout, Joshua n'est pas une fille ;)). Néanmoins, si je me rends compte qu'il y gagnerait en profondeur en étant de l'autre sexe, je change souvent (cf deux paragraphes plus haut). Ce n'est pas que je cherche à faire du militantisme, c'est que je trouve qu'il y a déjà beaucoup d'histoires mettant en avant des hommes dans un monde d'hommes ; ça ne veut pas dire qu'elles soient mauvaises ou qu'elles manquent d'originalité ; mais pour moi, ça serait un manque d'originalité de me couler dans ce moule, surtout que ledit moule est un héritage de l'époque où les textes en question étaient écrits par des hommes pour des hommes. J'aurais l'impression de me renier.

Mais n'hésitez pas à me fournir des contre-arguments si vous en avez :)

PS : pas eu encore vraiment le temps d'avancer sur le JdA, cette semaine, je tâcherai de faire mieux - et d'en donner des nouvelles - la semaine prochaine :)




* : ouais, je me la pète avec mes tournures latinisantes.

** : surtout par écrit ^^ ; irl, ça m'arrive beaucoup moins qu'il y a vingt ans, mais on me prend parfois encore pour un homme.

*** : surtout si le bonhomme en question cuisine bien <3

**** : bizarrement, quand je pars sur un personnage moins "physique", je crée souvent un homme (mais pas toujours - et c'est pas le sujet). 

***** : si vous me pardonnez l'expression.

****** : du moins, je l'espère !

jeudi 9 juin 2016

Imaginales 2016 : "La Fantasy est-elle toujours réac ?"

Affrontements sanglants, héros brutaux, femmes soumises... : 

la Fantasy est-elle toujours réac ?


Dernière conférence à laquelle j'ai assisté. J'ai bien aimé l'ambiance "tribunal", bien que j'aie regretté que certains (Cerrutti, en particulier) ne se soient pas assez bien défendus, ce qui sous-entendrait qu'ils sont bien coupable de ce dont on les accuse...

(Pas d'image, il semblerait que cette conf-ci n'ait pas été enregistrée par ActuSF).

Accusés : G.D. Arthur (Eos), Fabien Cerutti (Le bâtard de Kosigan), Jean-Philippe Jaworski (Gagner la guerre, Janua Vera, Rois du monde), Gabriel Katz (La maîtresse de guerre, Le puits des mémoires).
Juge et bourreau : Stéphanie Nicot, qui a introduit la plaidoirie de chacun des auteurs par des extraits de leurs oeuvres.

Une dernière fois, sujet à erreurs, blabla, propos pas verbatim, mes commentaires sont entre [].

GK : Le monde de La maîtresse de guerre [qui se déroule dans le même univers que Le puits des mémoires, que j'ai bien aimé] ressemble beaucoup au nôtre. J'ai voulu me mettre dans la peau d'une femme après trois tomes de testostérone [c'est vrai que les femmes sont sous-représentées dans Le puits :(] et faire face à mes propres contradictions. Kaelyn est fille de maître d'armes et se fait prendre de haut, se fait rabaisser en tant que femme. L'illustration [de l'édition Scrinéo] est jolie en soi, mais elle est stéréotypée et la montre les fesses à l'air [pas exactement, mais oui, la pose est plus sexy que martiale :/], je ne me retrouve pas dedans.

FC : Dans Le bâtard de Kosigan [j'en avais entendu parler l'an dernier, lors de la conférence "Mercenaires et tueurs", et ça m'avait fait envie. Néanmoins, cf plus loin, l'auteur s'est un peu emmêlé dans sa défense, du coup, ça m'a un peu refroidie], le sexisme est plus le fait du personnage que celui de l'auteur. D'ordinaire, on me reproche plutôt un manque de personnages féminins. Mon monde est le vrai moyen-âge, qui est un monde ultra violent et ultra sexiste. Il y a plusieurs personnages féminins, mais beaucoup en pincent pour le héros, qui est un "James Bond médiéval".
J'ai fait attention, dans le tome 2, à mettre moins de sexisme. De plus, si le personnage du bâtard est sexiste, c'est parce que ça s'inscrit dans son époque, ça ne serait pas vraisemblable sinon. D'ailleurs, son personnage masculin se fait violer par une femme.

GK : Mon héroïne n'est pas soumise et est brutale. Elle se bat "comme un homme", et pas avec des "armes de femme".

JPJ : Ne confondez jamais l'auteur (qui est scandalisé par les propos de son personnage !) et le narrateur !* La scène où Benvenuto [personnage principal de Gagner la guerre - on ne peut pas parler de héros ^^] viole Clarissima est un moment de cynisme total**.
SN : Quel est l'objectif narratif d'une telle scène ?
JPJ : Je n'avais pas prévu une telle scène, mais ça a dérapé. Je voulais mettre mal à l'aise mon public en adoptant le point de vue d'un type abominable et jouer avec la sympathie du personnage. Benvenuto a un peu la trouille, mais pas d'états d'âme : c'est une question politique (à l'origine, Clarissima veut contrecarrer les plans de son père en couchant avec Benvenuto).
SN : Les lecteurs ne font pas toujours la différence entre le narrateur et l'auteur, il faut faire le tri entre les scènes gratuites et celles qui sont nécessaires.

GDA : Eos se vit comme un poète et se découvre être un monstre. Il cherche à se "réincarner" dans les bras de son amante. La puissance de l'affection ramène la personne en perdition à la surface.

GK : Il y a beaucoup de violence dans Le puits des mémoires, une spirale qui entraîne les personnages. Ceux-ci se sont construits à partir de rien, en improvisant [ils commencent l'histoire amnésiques]. Certains étaient très violents avant et sont confrontés à cet élément qui fait partie d'eux.

SN : Est-ce que mettre en scène la violence est une malédiction de la Fantasy ? 

GK : La violence est le fond de la Fantasy, le lecteur aime ces bains de sang. Les personnages sont déchirés entre leurs aspirations de paix et un monde violent.
JPJ : Sans lecteur pervers, pas d'auteur coupable !***

SN : Le monde de Gagner la guerre est très violent, avec un narrateur sans empathie. Est-ce que la Fantasy est violente parce que notre monde est violent ?

JPJ : La Fantasy est violente parce qu'elle puise une partie de ses modèles dans les romans de chevalerie et les épopées. Mais on peut créer une Fantasy moins violente, plus paisible. Cependant, ce n'est pas moi qui ai choisi Benvenuto comme personnage de Gagner la guerre : j'ai choisi entre les deux personnages les plus populaires de Janua Vera [recueil de nouvelles qui se passe dans le même univers et que je recommande chaudement] : Suzelle et Benvenuto [Et vu que Le conte de Suzelle raconte toute la vie du personnage, elle ne pouvait donc pas "resservir" ici].
La Fantasy est cathartique, elle permet d'évacuer les vilenies qui hantent auteurs et lecteurs.

FC : [Après l'évocation d'une scène où un gamin se fait éventrer par un démon déguisé en bébé] le monde médiéval est violent, mais à l'inverse du nôtre. Notre monde est quand même plus policé (sauf si GK est de sortie***). Au XVIe siècle, à Dijon, 50% des filles se sont fait violer dans leur jeunesse. Aujourd'hui, le risque existe et est médiatisé, mais en réalité c'est rare, et heureusement [je ne vais pas épiloguer là-dessus, j'ai compris ce qu'il voulait dire, mais même si la situation des femmes est meilleure aujourd'hui qu'au moyen-âge, ça ne veut pas dire que c'est le paradis. Je pense qu'il ferait bien de s'intéresser au harcèlement de rue, par exemple...].
La violence dans les films etc. est de plus en plus trash, parce que ça n'existe plus à notre époque [no comment...], mais notre instinct animal atavique la recherche.

GDA : En abattant deux cavaliers, Eos découvre son propre côté prédateur. Mais c'est juste une métaphore d'un conseil municipal [it makes more sense in context, comme on dit]. J'ai choisi la Fantasy parce que ça éclaire les situations avec du lyrisme et de la poésie, ça donne du relief aux situations qu'on veut mettre sous le projecteur.

SN : Les personnages de Rois du monde ont un rapport à la violence très différent de ceux de Gagner la guerre...

JPJ : Dans Gagner la guerre, les personnages ont conscience que ce qu'ils font est immoral [ce qui ne veut pas dire que ça les préoccupe :p]. Dans Rois du monde, la violence est normale au sein de l'aristocratie, la violence est héroïque. Cf Moses Finley, le héros grec se caractérise par sa force, et la société s'articule autour de ça. Dans Rois du monde, la violence est légitimée : ce sont des aristocrates, donc ils guerroient. Le problème, c'est quand ils se retournent les uns contre les autres et détruisent leur communauté.

Verdict : 


Tous les accusés ont été reconnus coupables de héros brutaux et affrontement sanglants, mais comme les lecteurs aiment... ^^

En ce qui concerne les femmes et le sexisme : 
GDA a été acquitté.
GK a été acquitté au bénéfice du doute.****
JPJ a été acquitté au bénéfice du doute |[mais c'était inévitable, vu la qualité de son argumentaire ;)*****].
FC a été reconnu coupable.





* : phrase que je certifie authentique, "!" compris ^^

** : les circonstances sont assez particulières, ce qui fait que je ne peux pas m'empêcher de rigoler en y repensant. Attendez de l'avoir lue pour me balancer des cailloux.

*** : j'ai un doute que ce soit bien lui qui l'ai dit, mais ça a été dit ^^ 

**** : j'avoue que j'ai un trou sur le verdict exact, j'étais pressée, j'avais un train à prendre ;) 

***** : fangirl spotted ^^

mercredi 8 juin 2016

Imaginales 2016 : "Vampires et Loups-garous..."

Vampires et Loups-garous : quand le héros a les crocs


J'y suis allée "because I could"* et parce que y'avait Jeanne-A Debats, même si je craignais que ça soit un peu une redite de l'an dernier. Au final, j'ai passé un très bon moment, je ne regrette absolument pas, et j'ai même pris le tome 1 d'Alice Crane, de N.M. Zimmermann, tant j'ai trouvé sympa l'intervention de l'autrice. De même, ça m'a décidée à acquérir le tome 1 de Louis de Galoup, de Marcastel, depuis le temps que je le croise sans rien lui acheter...

De gauche à droite : JAD, HVG, VL, NMZ et JLM, dans le décor (toujours magnifique) du Magic Mirror.

Intervenants : Jeanne-A Debats (L'Héritière et Alouettes), H.V. Gavriel*** (série Les loups de Riverdance), N.M. Zimmermann*** (série Alice Crane) et Jean-Luc Marcastel (série Louis le Galoup).
Débat animé par Valérie Lawson.

Une fois de plus, disclaimer, blabla, cf CR précédents ^^ Et vous trouverez ici un extrait vidéo (merci ActuSF), en attendant qu'ils mettent en ligne le podcast de la conférence. J'ajoute qu'avec la structure de ma retranscription, je fais "parler" les auteurs, mais ce ne sont pas forcément leurs propos exacts.

La première question posée, cf l'intitulé de la conf, est le rapport du personnage à la faim :

JAD : Navarre aime avoir faim et a peur d'être rassasié.
JLM : Louis a faim de vivre mais que va-t-il faire de cette faim ? S'il goûte à la chair humaine, il vire à l'animalité.
NMZ : (Alice Crane est une médecin légiste qui a "perdu" un cadavre, lequel s'avère être un vampire). Le vampire n'a pas faim que de sang. Plusieurs questions se posent : du sang humain ou non ? des victimes volontaires ou non ? Par ailleurs, mes vampires ont une organisation, diplomatique, qui leur interdit de se nourrir d'humains.
HVG : Mes personnages n'ont faim qu'à l'heure des repas, ce n'est pas une motivation pour eux.
JAD : Le monstre est en chacun de nous, mais les vampires ont le pouvoir de faire pire. Sauf que les humains sont plus nombreux et mieux armés, et les vampires sont "coincés" à leur époque, ce qui les rend moins efficaces. Il y a une opposition entre le désir de vivre du vampire face à celui des humains (un peu comme dans un couple : quelles limites on donne à l'autre et à soi-même, jusqu'où on peut l'emmerder). 
JLM : Mes loups ne sont pas féroces mais cherchent l'amour, un foyer, des racines pour fonder quelque chose.
NMZ : Un vampire boit du sang, sinon, ce n'est pas un vampire [pas tout à fait d'accord, perso, j'étendrais ça à l'énergie vitale dans son ensemble]. Il y a sinon la problématique de la vie en communauté et les questions politiques.

VL : L'humain n'est-il pas le vrai monstre ?

JLM : C'est à la mode de dire que l'humain est mauvais, qu'il va détruire la planète. Nous sommes le prédateur ultime.
HVG : Mes personnages vivent cachés, se méfient des humains, ne sont pas des prédateurs [ça me choque un peu, pour des garous], restent entre créatures surnaturelles.
JAD : L'humain n'est pas fondamentalement méchant, mais il est fondamentalement en troupeau. Ceux du haut du pavé traitent leurs congénères comme une ressource et ont une vision à court terme. Ce n'est pas de la méchanceté mais de la bêtise [comme je partage cette opinion !]. Les vrais monstres sont ceux qui savent où ils vont et s'en foutent. Mais rares sont les gens assez lucides pour ça.

VL : Les personnages en questions  peuvent-ils être bienveillants ?

JLM : Oui, un galoup a le choix entre sa part humaine (son poil deviendra blanc) et sa part animale (son poil deviendra noir), cette dernière s'il mange de la chair humaine.
JAD : Quel est l'avantage de choisir l'animal ?
JLM : L'autre devient alors un objet, ce qui donne un sentiment de supériorité.

VL : La faim est-elle un pouvoir ou une malédiction ?

HVG : Ni l'un ni l'autre, les personnages ont des choix à faire. Mes vampires ont besoin de sang mais cherchent des volontaires.

VL : Les vampires ne mangent que du sang tous les jours ?

JLM : Peuvent-ils manger du boudin ? [le sang de porc déshydraté, c'est pratique aussi, même si c'est pas bon****]
NMZ : Mon chien mange des croquettes tous les jours et il ne s'en plaint pas ! Mais à quel point est-ce un choix ? Est-ce une maladie, une déviance à corriger ? Les vampires sont-ils des créatures à part, avec des droits ?
JAD : Je n'ai pas envisagé que Navarre ne puisse pas boire et manger [de la nourriture normale], même si ça ne le nourrit pas.
HVG : Certains de mes personnages mangent de la salade etc. parce qu'ils aiment le goût.

VL : Est-ce que les pouvoirs valent la peine d'être un vampire ou un garou ?

JAD : La récompense, c'est la longévité [quoique ça ne soit pas l'avis de Géraud, mais ce n'est ni un vampire, ni un garou]. Sauf que ça a tendance à rendre gaga [le fameux "Angst" de certains vampires ^^]. C'est pour ça que Navarre regarde son nombril, fait la fête et se pose aussi peu de questions que possible.
HVG : Mes garous ne vivent pas beaucoup plus longtemps que les humains. Les vampires, oui, mais ils mentent beaucoup. Les espèces se connaissent assez peu entre elles, donc on ne sait pas tout. Pour mes personnages, ce n'est pas une récompense, c'est ce qu'ils sont. Et Lucas, qui n'est ni vampire ni garou, choisit de ne pas utiliser ses pouvoirs par peur de devenir un monstre sinon.

VL : La mortalité des vampires est-elle quelque chose de récent ? N'était-on pas moins confronté à ça dans des oeuvres plus anciennes ?

NMZ : Ils ont été plus humanisés, moins monstres, plus sexy. On peut comparer à Un vampire ordinaire, de Suzy McKee Charnas où le personnage-titre hiberne périodiquement et oublie ses vies passées. Ou à Le Premier, de Nadia Coste [lu et approuvé !].
JAD : Stoker, dans Dracula, décrit une métaphore de l'"invasion" de l'Angleterre par les étrangers, mais il ne se rend pas compte qu'il crée une icône sexuée (puisque l'étranger est un sauvage, il est très sexualisé, cf l'imagerie coloniale). 
JLM : C'était déjà le cas avec Carmilla [celle de Le Fanu, pas la mienne ;)], très sexuée et même lesbienne.
JAD : Le vampire transgresse tout, y compris les genres.
JLM : Il y a aussi Plus noir que vous ne pensez, de Jack Williamson, où on retrouve des idées de pureté de la race chez les garous.

VL : Est-ce que ces persos sont épris de liberté ?

JLM : Etre un animal est simple : ses problématiques sont bien plus simples que celles d'un humain, et c'est ce qui tente Louis.
NZM : Mon héroïne est sous pression car c'est un génie et tout le monde attend beaucoup de sa part. Elle a préféré devenir médecin légiste parce que c'est moins de pression, mais elle est capable de plus. La question devient "faut-il utiliser ses pouvoirs pour le bien ou choisir la "sécurité" de ne plus en avoir ?".
JAD : C'est comme la parabole des Talents [la version qu'elle a cité était différente de celle du wiki : le premier les fait fructifier, le second les dépense, le dernier les enterre ; seul le dernier se fait punir] : on a le droit de les développer ou de les dilapider mais pas de les ignorer ou de ne pas les utiliser.

VL : Est-ce difficile de gérer ses pouvoirs et sa nature ?

HVG : Lucas ne se rappelle pas bien de ce qu'il est ni de ce qu'il peut faire mais il reste libre, en marge de la meute. Léo, c'est "où s'arrête ma liberté individuelle ? où commencent mes devoirs envers la meute ?"

VL : Tous vos vampires sont-ils des alphas ? [sauf erreur de ma part, la question a bien été formulée ainsi]

JLM : Louis et Malemort [le méchant ^^] sont des alphas. Toute la problématique, c'est de découvrir toutes les facettes de son pouvoir et de gérer les responsabilités qui vont avec. Malemort a d'abord nié sa nature animale et cherché à être parfait ; quand il a craqué, il est devenu un fléau.
NMZ : Est-ce que Stephenie Meyer a tué le vampire ? Est-ce qu'on peut encore faire évoluer le concept de vampire ?
JAD : Vers 2011-2012, Georges Takei a incité les fans de Star Trek et les fans de Star Wars à s'unir contre les fans de Twoilettes***** "pour le bien de la galaxie".
HVG : Les auteurs de demain auront à réinventer les mythes et aller plus loin que Twoilettes.
JLM : Les vampires élèveront les humains de telle ou telle manière pour profiter du goût (ça marche réellement pour les épices, paraît-il).





* : comprendre : j'avais rien de mieux à faire.**

** : et puis j'ai pensé que je pouvais toujours enrichir ainsi ma culture lycantropesque, ce qui pourrait me servir pour la suite de CQVDSV ^^

*** : j'aime pas les auteurs qui n'ont  pas de prénom, ça oblige à les appeler par leur nom, c'est trop formel :(  

**** : j'ai pas eu l'occasion de goûter, mais c'est ce que pense Carmilla ^^

***** : oui, je l'écris toujours comme ça. J'ai tout lu et à qq détails près, c'est quand même pas terrible.

mardi 7 juin 2016

Imaginales 2016 : "Scrinéo, comment ça marche ?..."

Scrinéo, comment ça marche ?

Radiographie d'une maison d'édition


J'étais curieuse d'assister à cette conférence, parce que Scrinéo était l'une des maisons d'édition que j'avais rencontrées au Speed-Dating de l'an dernier (et dont j'ai depuis reçu un refus pour CQVDSV*). J'ai été agréablement surprise par Jean-Paul Arif, que j'avais trouvé un peu froid et formel à l'époque - ce n'était pas le cas cette fois.

Image tirée de la vidéo d'ActuSF présentant un extrait de ladite conf

Intervenants : Jean-Paul Arif et Agnès "Aelys" Marot.
 
Comme d'hab : article rédigé d'après mes notes, erreurs possibles, ordre modifié, les commentaires entre [] sont de moi.

Scrinéo a commencé à publier de la non-fiction il y a dix ans, et de la fiction (avec Les Hauts Conteurs, d'Oliver Peru & Patrick McSpare) il y a cinq ans**.

Le premier "produit" de Scrinéo était numérique (Via Temporis, de Joslan F. Keller) avant de passer au papier avec "les carnets de l'info" : des guides pratiques, essais, documents... Depuis 2010, Via Temporis a été adapté en une série de romans jeunesse, et Les Hauts Conteurs a reçu plusieurs prix. La maison s'est alors développée en Jeunesse, Young Adult et Imaginaire.

Au début, Scrinéo a été un tremplin pour les jeunes*** auteurs mais aujourd'hui, elle continue de publier ceux qui ont commencé chez eux. A l'origine, il n'y avait qu'une collection Jeunesse ; maintenant, il y en a une en YA, dirigée par Aelys (et elle démarche même les auteurs YA !). Celle pour collégiens est dirigée par Arthur Ténor [écrivain aussi publié chez eux] et ils comptent ouvrir bientôt une collection SF adultes, dirigée par Stéphanie Nicot (le premier ouvrage sortira en octobre). Il y a trois ans, ils ont lancé la revue trimestrielle L'Eléphant, consacrée à la culture générale.Ils recherchent aussi des manuscrits de YA contemporain.

A l'origine, JPA était ingénieur en imagerie spatiale chez Airbus ^^ C'est quelqu'un de "généraliste", avec des goûts variés, c'est pourquoi Scrinéo fait aussi un peu de polar et de littérature "blanche". A la question "comment se faire une petite fortune dans l'édition ?", il répond "avec une grosse fortune", selon la blague qui court dans le milieu.
Editeur est un métier où on ne vous demande pas ou peu de comptes, de justifications. Mais on passe beaucoup de temps à investir, à gérer les retours. Tout ça se fait petit à petit et on peut se faire piéger si on fait produire trop de quantités.
Pour lui, "chaque livre est un pari", même quand c'est le prochain roman d'un auteur qui a déjà réussi. Les goûts des lecteurs changent (y compris en matière de couvertures), il faut donc s'adapter tout le temps. Et il n'existe pas de corrélation entre la qualité des retours et le succès d'un livre, hélas.

Ils ont une place pour les jeunes auteurs comme pour les confirmés, mais il y a une sélection, car ils reçoivent beaucoup de manuscrits et ne publient "que" vingt ouvrages par an [ce que je trouve pas mal tout de même !]. Quand ils refusent un roman, ce n'est pas parce qu'il n'est pas bon, mais parce qu'il n'est pas pour eux****. Quelques fois, JPA regrette d'être passé à côté. Il n'est pas capable de savoir si ce sera un succès ou non. Son seul critère personnel est la présence d'éléments originaux, qui lui donneraient envie de le publier.*****

Selon Aelys, un éditeur n'a pas la science infuse, et elle n'est pas toujours d'accord avec JPA (souvent à raison). Ce n'est pas parce qu'un manuscrit est refusé qu'il est mauvais/impubliable****, c'est que ce n'est pas pour eux. Ok, parfois, ça manque d'émotions, ou il y a trop de fautes de langue, mais quelques fois, elle n'accroche pas tout en reconnaissant la qualité du texte et elle a du mal à identifier pourquoi ; le manuscrit n'étant ni excellent ni mauvais, il aura peut-être sa chance ailleurs.

A la question de la ligne éditoriale, JPA répond qu'il est généraliste et très mauvais en segmentation. "Scrinéo, en deux mots, c'est le Savoir et l'Imagination". Il aime bien le mélange des genres [contrairement à Marsan] et il ne comprend pas pourquoi le marketing devrait l'en empêcher. Son rêve est de traiter la littérature de l'Imaginaire comme de la littérature tout court [si seulement...]. Comme il le dira un peu plus tard, "les artifices de l'Imaginaire sont là pour stimuler l'intellect, c'est de la littérature tout court".

Quelques exemples de livres "controversés" :
Shanoé, de Lorris Murail, a perturbé les critiques, car au croisement du fantastique et de la SF.
Le premier, de Nadia Coste, a un héros peu sympathique et très brutal (on peut le comparer avec L'Etranger, de Camus, sur ce point) et pourtant ils ont choisi de l'éditer [un très bon bouquin, quoique je ne le mettrais pas entre les mains d'un moins de 16 ans]. Ca a d'ailleurs été une vraie opportunité pour l'autrice de publier ce livre, très différent de ce qu'elle écrit d'habitude [essentiellement en Jeunesse].

Scrinéo aime prendre des risques quand ils croient en un livre.
A Francfort, lors du "grand marché annuel des droits de traduction", JPA est en admiration devant le fait qu'on puisse dire un truc du genre "je recherche un livre avec un héros masculin et un peu de magie".

Selon Aelys, JPA n'aime pas les trucs qui rentrent dans les cases. Nadia Coste avait peur de ne pas pouvoir publier Le premier, donc, et la publication lui a permis de croire en son propre roman (d'ordinaire "elle a tendance à être trop gentille avec ses personnages"). Depuis, elle a écrit Seuls les alligators vous entendront crier (toujours chez Scrinéo), qui est un roman d'horreur pour enfants de dix ans.
De même, Aelys va bientôt écrire un roman contemporain (non imaginaire mais avec de l'humour), ce qui est également différent de ce qu'elle fait d'ordinaire :)

Selon JPA, les auteurs non plus n'aiment pas les cases, et beaucoup aiment écrire dans plusieurs genres, quitte à prendre un pseudonyme. Scrinéo le leur permet, et du coup, Johan Héliot et Fabien Clavel aussi se sont lancés dans l'horreur.
 
Quand Estelle Faye est arrivée avec un projet de Fantasy évoquant la mythologie grecque, JPA lui a demandé "pourquoi ne fais-tu pas directement de la mythologie grecque ?" ; elle a répondu "j'ai le droit ?", et le résultat est La Voie des Oracles. Qui est d'autant plus original que le premier tome se passe en Gaule, le second en Orient et le troisième ailleurs encore.

Aurélie "Arya" Wellenstein, elle, explore beaucoup le thème de l'animalité. Le roi des fauves [que je lui ai acheté là-bas] est très angoissant et parle de mythologie nordique. Dans Les loups chantants, il y a des loups, des chiens, un effet de huis-clos avec le blizzard, et on y retrouve le mythe de la Sirène avec les loups du titre.

Aujourd'hui, la mde a une centaine de titres à son catalogue. Quelques fois, ils hésitent à mettre un livre en YA ou en Adulte, mais c'est une question de choix du public, ça n'a rien à voir avec le roman lui-même. Ils surveillent aussi la taille du roman, mais ce n'est pas un critère en soi, c'est plus que les différents publics préfèrent telle ou telle longueur.
 
"Un éditeur, comme un lecteur, cherche à être ému et transporté".




* : à la réflexion, je me dis que ça n'était pas dans ce qu'ils font d'habitude, mais d'un autre côté, ils sont éclectiques et c'est eux qui m'ont dit de l'envoyer... ^^

** : et est devenu depuis l'éditeur de plusieurs Grenouilles :)

*** : au sens "débutants", hein ;)

**** : je vais donc trouver ça rassurant :p

***** : et c'est là que chacun se demande "suis-je assez original(e) pour lui ?"...

jeudi 2 juin 2016

Imaginales 2016 : "Ecrire et publier..."

Ecrire et publier, conseils à un jeune auteur


Il paraît que Stéphane Marsan donne cette conférence tous les ans. Je ne me rappelle plus pourquoi je n'y suis pas allée l'an dernier, sans doute parce qu'elle devait se tenir en même temps qu'une autre qui m'intéressait davantage à priori. 

C'était encore le cas cette année (j'aurais bien aimé assister à "Quand les romans font des femmes leurs persos principaux", qui, malgré son titre que je trouve un peu bateau, voire gnan-gnan, promettait de parler de féminisme*), mais cette fois, j'y suis allée (faut pas mourir idiote, et on m'en avait dit le plus grand bien).

Encore une fois, disclaimer, blabla, ce ne sont que les notes que j'ai prises, je peux avoir fait des erreurs, et j'ai parfois changé l'ordre dans lequel certains trucs ont été dit, pour que ça soit moins décousu.
Les commentaires entre [] sont de moi.

Image tirée de la vidéo d'ActuSF présentant un extrait de ladite conf**.

Tout d'abord, il est précisé que par "jeune auteur", on entend "auteur en herbe", sans distinction d'âge ;) 

Actuellement, Bragelonne reçoit cinq manuscrits de littératures de l'imaginaire par jour, sans compter ce qui "part" chez Milady ou Castermore [vu que les trois sous-maisons partagent le même formulaire d'envoi]. Pour s'en occuper, SM est assisté par Bruno Lambert, qui dirige également les comités de lecture.

Lorsque Bragelonne reçoit des manuscrits, BL fait un premier tri, en éliminant ce qui est hors-sujet ou vraiment de mauvaise qualité, puis il fait une pré-sélection par catégorie (SF, Fantasy, Young Adult...) pour les différents éditeurs. Ils se réunissent pour cela une fois par semaine ; en général, un manuscrit intéressant par réunion est ainsi découvert (au passage : si un manuscrit est envoyé à Bragelonne dans la mauvaise catégorie, il sera redirigé au bon endroit ensuite).

Au début de sa carrière, SM a fait preuve de la "légendaire cruauté de l'éditeur" en déclarant à Sire Cédric [dont je ne suis pas fan - ce qui ne l'empêche pas d'avoir du succès ^^], alors débutant, qu'il n'était pas fait pour écrire. En-dehors de ça, il y a un certain décalage entre les aspirants-auteurs et ceux qui "méritent" d'être édités, car les seconds font des efforts et s'investissent dans leur écriture. Etre écrivain est éreintant, laborieux, "émotionnellement challenging" ; si on veut devenir écrivain, il faut en avoir vraiment envie.

Paul Morand aurait dit*** "tout le monde a un livre en lui". Selon SM, ce n'est peut-être pas le cas. "Il faut vraiment que ça vous réveille la nuit, que ça vous habite, que ça vous hante", sinon on n'y met pas le temps ni les efforts - et sinon, on enverra un truc qui fera perdre son temps à l'éditeur. L'éditeur doit sentir que la personne a vraiment un livre en elle. D'ailleurs, pitcher son roman à SM [un exercice auquel il se prête volontiers sur les salons, même en-dehors du Speed-Dating] est un test : si on le fait, c'est qu'on a vraiment un truc à dire et à partager. Si on n'en meurt pas d'envie, on morflera plus que les autres et dans ce cas, peut-être que ça n'en vaut pas la peine.

Quant à la "densité de production" de l'auteur, c'est plus un problème de stratégie éditoriale. En librairie, le nouveautés ne restent que quelques semaines comme telles. Quand le tome 2 sort un an après le tome 1, il faut rappeler l'existence dudit tome 1. Lorsque ça se produit avec des écrivains "lents", comme Rothfuss ou Scott Lynch, c'est génial quand ça marche. A notre époque, le timing est important car les gens ont la mémoire courte, on essaie donc de faire une sortie tous les six mois, voire de sortir les deux d'un coup.

Pour ce qui concerne la relation avec l'auteur à ce sujet, on essaie de ne pas le presser, mais on préfère que le premier jet du tome 2 soit fini avant de publier le tome 1. Néanmoins, en cas de trilogie, on ne demande pas de tout écrire d'un coup car il peut y avoir des modifications à faire, donc des répercussions. Envoyer un synopsis des tomes suivants, par contre, est toujours utile.

Georges R.R. Martin conseille aux débutants de commencer en écrivant des nouvelles, mais ce n'est pas forcément valable en France et à notre époque. Il y a du pour et du contre, mais selon SM "faites ce que vous voulez, ce que vous aimez".

Aujourd'hui, lancer une série et la soutenir sur le long terme est plus dur qu'autrefois. Les gens veulent savoir s'il y aura une suite avant d'acheter. Bien qu'il existe des exception, il y a 50% d'attrition**** d'un tome à l'autre. Mais en fantasy, c'est dur de se réduire à un seul tome.

Néanmoins, il y a un intérêt pour les one-shot en fantasy francophone. Paul Beorn s'est vu proposer de décliner Le 7e guerrier-mage (qui doit faire un million de signes) en trilogie, mais il a préféré se restreindre à un seul volume.

Sinon, il y a aussi les "univers communs", comme dans les oeuvres de David Gemmell, où on croise tout un pool de personnages au fil des tomes [un peu ce que je compte faire avec CQVDSV ^^]. Mais dans le cas d'une x-logie, il faut une bonne histoire, maîtrisée, avec de bonnes fins de tome.

En ce qui concerne les critères de sélection d'un manuscrit, il existe une lassitude, à force de lire de mauvais projets, qui s'oppose à l'obligation morale et professionnelle de lire les manuscrits plutôt que de lire pour soi (en loisir). C'est "disheartening", décourageant, ça brise le coeur. Heureusement, de temps en temps, on tombe sur une perle.

En général, SM ne lit que la première page, voire les dix premières maximum (il n'a pas le temps d'en faire plus). On peut comparer ça à ce que font les lecteurs, quand ils consultent le quatrième de couverture. Quelque fois, l'éditeur est "attrapé" par le livre, même quand il ne s'y attendait pas à priori (c'est ce qui lui est arrivé avec Seul sur Mars, sachant qu'en plus, SM est plutôt fantasy que SF). Parfois, l'éditeur ne "sent" pas tel ou telle histoire, mais ça ne veut pas dire que ça ne plaira pas à un de ses collègues.

Il lui arrive de refuser quelque chose qui aura du succès chez un autre éditeur (cf ce qui s'est passé avec Sire Cédric ;)), mais ce n'est pas toujours un regret. A l'opposé, il y a des livres qu'il regrette d'avoir publié (comme sa première publication, Souffre-Jour de Matthieu Gaborit, qui a d'ailleurs été réécrit par la suite). Ces choix ne sont pas qu'un question de gros sous, mais aussi d'identité (et de fierté) de la mde. Les différents éditeurs ne sont pas des rivaux, car ils ne sont pas toujours en concurrence.

Pour ce qui concerne le genre d'un livre, c'est à l'auteur de le choisir. SM, lui, aime bien les catégories "classiques", sans mélange [ce qui est assez différent de ce qui se passe chez Scrinéo], et avant, c'était lui qui faisait ce choix . A ce propos, il recommande Save the cat, de Blake Snyder*****, un manuel de scénarisation qui aide à classifier les histoires selon le thème plutôt que le genre [ce que je trouve très bien pensé].
Par exemple, la bit-lit (il est l'inventeur du terme, bien que celui-ci lui ait ensuite échappé ;)) se différencie de la romance fantastique, les deux étant distinctes de l'urban fantasy ; c'est le thème qui fait la différence.

L'écrivain doit donc faire le bon choix : "avec quel genre d'histoire je veux captiver mon lecteur ?". Mais en général, plus un roman est hybride, moins il a de chances de se vendre.

A ce propos, la question se pose de "faut-il viser un public (jeunesse ou adulte) ou vaut-il mieux écrire et voir après ?". La réponse varie selon les auteurs. Il y a [hélàs] le syndrome du "la SFFF, c'est pour les enfants", et l'étiquette "jeunesse" transcende le genre du livre. Néanmoins, "ce n'est pas parce qu'un livre peut être lu par des enfants que c'est un livre pour enfants". Par contre, il existe des livres (comme Le 7e guerrier-mage), qui sont "universels" et lisibles par un public plus jeune que celui auquel il était destiné. Et beaucoup d'auteurs écrivent à la fois pour la jeunesse et d'autres publics sans problème.

Pour revenir sur le fait de happer l'éditeur : on lit souvent le conseil de faire des intros in media res******. Est-ce que ça risque de mener à une uniformisation ? Est-ce un désavantage pour ceux qui ne s'y plient pas ? [et ouep, c'était ma question à moi ^^]. La réponse de SM est que ce risque n'est pas présent car il y a beaucoup de monde qui ne respecte pas cette "règle". "Un roman, c'est l'histoire de quelqu'un qui a un problème". Le plus important, c'est de rendre ce personnage sympathique et/ou intéressant, pas l'action en tant que telle. L'important, c'est l'enjeu. "Le récit est l'histoire d'un changement", qui peut être social, mental, matériel... Et "pour changer, il faut souffrir".
Le héros, c'est le personnage le plus faible, celui qui n'a pas le choix, comme dans les livres d'O.S. Card (dont Bragelonne cherche à rééditer les manuels d'écriture, en rupture de stock depuis des années). C'est l'âme du roman. SM nous conseille de lire Les misérables, De grandes espérances, Autant en emporte le vent et Le trône de fer pour leur sens du romanesque, les émotions des personnages. Et aussi les 22 règles du storytelling de Pixar.

Une question que doit se poser l'écrivain, c'est "quel est mon propos, mon message, mon thème ?". Il faut être cohérent avec son histoire. Par ailleurs, si l'histoire ne se résume pas en deux phrases, c'est qu'il y a un problème. Un récit, ce n'est pas un univers [cf plus haut avec Save the cat : on peut avoir la même "trame" avec des univers différents]. Et il faut envisager les émotions qu'on veut susciter chez le lecteur, puis vérifier qu'on y arrive.





* : et en plus y'avait Jeanne-A Debats ^^ *edit* Je croyais que, mais en fait non :( Mais y'avait du beau monde quand même :)

** : je sais, j'avais de quoi prendre des photos, mais c'était ça ou prendre des notes... ;)

*** : je ne suis pas allée vérifier :p

**** : pour ceux qui n'aiment pas les belles phrases, ça veut dire qu'un tome se vend moitié moins que le précédent ;)

***** : quoique 12€ pour un e-book de 200 page en VO, j'appelle ça du vol caractérisé :( 

****** : "au milieu des choses", autrement dit, en pleine action.

mercredi 1 juin 2016

Imaginales 2016 : "Griffe d'Encre..."

Griffe d'Encre (2005-2015) : 

Dix ans d'édition, dix ans de passion.


Griffe d'Encre et moi, ça a toujours été quelque chose de spécial. Quand la maison a été fondée, en 2005, par "mes copines CeNedra et Menolly du Coin des Lecteurs"*, j'ai été invitée à la soirée de lancement, et j'étais fière d'y être, alors même que je n'écrivais pas encore**. J'ai collectionné religieusement tous les cinquante-huit ouvrages publiés, et j'en ai apprécié la plupart. J'ai été évidemment très triste d'apprendre que la maison était contrainte de fermer ses portes - et je regrette immensément de ne jamais avoir pu être publiée chez eux*** - et quand j'ai su qu'il y aurait cette conférence-hommage, je ne pouvais pas ne pas y aller.****


Comme d'habitude, je précise que ce compte-rendu est fait à partir des notes que j'ai prises, et ne doit donc pas être pris comme parole d'évangile*****. Je ne sais pas si ActuSF en a fait un podcast, comme ça a été le cas pour beaucoup des confs des Imaginales, mais ils en ont diffusé une courte vidéo sur leur chaîne Youtube.
Les commentaires entre [] sont de moi.

Intervenants : Magali "CeNedra" Duez et Menolly (Sophie Dabat n'étant pas dispo), Jeanne-A Debats, Li-Cam et Karim Berrouka (auteurs et collaborateurs de GdE).

Griffe d'Encre a été fondée aux Utopiales 2005, plus ou moins. Ils ont donc édité cinquante-huit ouvrages, dont onze recueils [et apparemment, je ne suis pas la seule à les collectionner ;)]. Ils recherchaient un imaginaire proche du réel, un peu comme ce que font Mélanie Fazi ou Graham Joyce. Au début, ils voulaient l'appeler CeZaMe, selon le surnom des trois fondatrices, mais la marque était déjà déposée pour certains domaines dans lesquels ils craignaient un conflit.

La première anthologie, Ouvre toi (à cause de "CeZaMe" ;)) a été publiée en 2007. Ils ont reçu plus de cent nouvelles en réponse à leur appel à textes.

Un peu plus tard [dsl, la flemme de vérifier la date, mais ça a été une de leurs premières publications], La vieille Anglaise et le continent a remporté quatre prix. C'est d'ailleurs cette novella qui a permis à Jeanne-A Debats de "décoller" en tant qu'autrice. Le texte ayant nécessité très peu de corrections, Menolly s'est déclarée "frustrée" d'avoir eu aussi peu d'influence dessus ;)

GdE n'a jamais "commandé" de textes, à la semi-exception de Présumé Coupable, d'Isabelle Guso [que je recommande vivement], car Menolly voulait un ouvrage sur ce sujet****** - mais se réservait le droit de refuser si jamais ça ne lui convenait pas.

Pour les anthologies, les nouvelles envoyées par les auteurs étaient toujours anonymisées avant d'être examinées pour le comité de lecture. MD a avoué avoir parfois pris des textes qui ne l'avaient pas emballée personnellement, à cause des retours enthousiastes du comité de lecture.
JAD a souligné qu'elle avait adopté les mêmes critères lorsqu'elle était amenée à diriger des anthologies [c'est d'ailleurs un thème qui reviendra régulièrement pendant la conférence : GdE a été reconnue par ses collègues pour son sérieux, son professionnalisme et la qualité de son édition].

La maison a reçu beaucoup de soutien au fil des ans, dont Bragelonne (surtout au début), qui leur a donné beaucoup de conseils (ils aident beaucoup les petites mde). Ils ont aussi eu beaucoup de soutien de la part des Imaginales, où ils ont eu beaucoup de livres primés ou sélectionnés. Sans oublier le lectorat, qui leur a fait beaucoup de bonne pub [j'ai appris au passage que plusieurs Grenouilles avaient collaboré avec GdE, en sus de celles qui y ont été éditées].

Li-Cam [autrice de Lemashtu et Insangerât] a dit avoir appris son métier d'auteure chez GdE (c'est Ayerdhal [récemment décédé :(] qui qui lui avait conseillé de publier dans une petite mde plutôt qu'une grosse, car les vampires n'étaient pas à la mode à cette époque). Elle a insisté sur la qualité de la direction littéraire de GdE, qui a édité "des ouvrages qui ressemblent à leur auteur". Elle a déclaré plus tard "une maison d'édition est un sacerdoce".

JAD a d'ailleurs signalé qu'elle ne prenait au sérieux ses correcteurs (dans les autres mde où elle publie), que s'ils ont la même rigueur que ceux de GdE.

Menolly a souligné que les livres édités par GdE avaient trouvé leurs lecteurs ; même quand ils n'avaient pas été un succès commercial, ils faisaient encore parler d'eux trois ou quatre ans après. Karim Berrouka regrette cependant que certains recueils de nouvelles n'aient pas eu plus de succès, malgré leur qualité reconnue. "Griffe d'Encre n'avait pas assez la fibre commerciale", constatera Menolly vers la fin de la conférence.

La fin de GdE a été planifiée dès 2014, mais ils pensaient alors pouvoir encore publier les projets en suspens à ce moment. Tout le staff a eu des "galères" personnelles et professionnelles à cette époque, ce qui a motivé la fermeture. Un an plus tard, ils ont décidé d'arrêter tout court, par peur de bâcler lesdits projets en cours. La décision a été accueillie... par des messages de soutien de la part de tous les partis concernés (oui, même de la part des auteurs "abandonnés").

Le dernier ouvrage paru a donc été Kisasi, d'Aurore Perrault [une Grenouille ^^], et ils ont été contents de finir sur un texte engagé, fort et proche du réel comme celui-là [il est sur ma pile-à-lire].

Un libraire présent dans la salle a souligné, une fois encore, la réputation du travail éditorial de GdE auprès de sa profession.
La maison a servi de tremplin pour beaucoup de jeunes auteurs francophones (c'était un de ses buts) et a d'ailleurs été partenaire de Cocyclics [^^] pour certaines anthologies comme Destination Univers [antho SF dirigée par JAD et Jean-Claude Dunyach, et que je vous recommande chaudement].

Dans la salle, Nathalie Dau [autrice de En revenir aux fées, entre autres] a signalé que sa carrière à elle aussi a vraiment décollé grâce à GdE. Et lorsqu'elle a créé sa propre maison d'édition [Argemmios, aujourd'hui défunte, hélàs], elle a beaucoup copié sur les "standards" de GdE (ce qui explique sans doute pourquoi les choses se sont passées aussi bien que pour GdE quand ils ont dû fermer).

Plusieurs autres auteurs présents ont remercié GdE pour la diversité, la rigueur, la rigolade... au sein de la mde. KB a souligné que beaucoup des meilleurs livres qu'il a lus ont été publiés chez GdE.

Aujourd'hui, Menolly a toujours un pied dans l'édition, en faisant de la lecture et de la correction ; Magali, elle, travaille à présent comme traductrice, pour Bragelonne et d'autres.





* : je n'oublie pas la troisième, Sophie Dabat, mais je ne la connaissais pas à l'époque.

** : ou du moins, pas sérieusement comme je le fais à présent depuis trois ans.

*** : en même temps, si je m'étais mise à écrire plus tôt...

**** : mes excuses encore à Mis' pour l'avoir lâchement abandonnée pour son Speed-Dating des Editeurs - heureusement qu'elle n'a pas eu besoin de moi !

***** : déjà que j'ai du mal à me relire...

****** : dont je ne dirai rien, parce que justement, c'est là que réside le coeur de l'histoire. Faites-moi confiance et lisez-le si vous en avez l'occasion.